mercredi 27 avril 2011

Petits fruits et grandes rencontres

Coucou vous!

A chaque retour en ville on se réjouit de pouvoir lire de vos nouvelles, alors déjà, merci!!

Depuis notre départ d'Esquel, les choses se sont enchaînées avec une fluidité qui contrebalance avec force les moments de blues où la France nous manque.
Après un bon pique-nique improvisé avec Adriana et ses enfants, elle nous emmène à la station service (7 avril), les sacs à dos débordants! Ne sachant pas trop à quoi ressemble le refuge vers lequel on se dirige, et surtout son isolement, on est au taquet et on emmène assez de nourriture pour une semaine. Sergio, un couchsurfer qui nous attend tous les quatre (avec Aurél et Mag), nous a indiqué l'endroit où il nous rejoindra quand on arrive au village de Lago Puelo: heureusement que le gars qui nous y dépose nous prête son téléphone pour l'appeler car à part une école, il n'y a pas grand chose à cet endroit! Mais le coin vaut le détour! Nous sommes dans la Comarca Lago Puelo, où règne un micro-climat propice au maréchage et aux petits fruits. Je sens que je vais me régaler! Après un quart d'heure de marche sur un chemin bordé de mûriers sauvages gigantesques, Sergio arrive à notre rencontre. Look italien, la quarantaine, lunettes de soleil, il dénote un peu dans le paysage, mais on s'adopte, et après la traversée d'une passerelle et un sentier qui longe une rivière azur, on arrive dans son refuge! Un refuge en bois où cet ancien banquier qui a tout plaqué il y a 8 ans retrouve la valeur de la nature, avec son amie, Viki. On s'installe et on se sent déjà à l'aise. 
Le lendemain, on se lève avec un soleil magnifique donnant sur leur terrain: une fôret pleine de champi, de mûres, d'églantiniers, une rivière et des oiseaux! Le pied! On passe cette première journée à ramasser des champignons, tout en se réjouissant de l'arrivée proche de Mag et Aurél, mais quand? La nuit tombée, à peine attablés devant une assiette fumante de spaghettis, quelqu'un toque. Ca n'arrive jamais, nous sommes à une demi-heure de toute civilisation! Je devine et ne me trompe pas, ce sont eux!!
Viki et Sergio en train de trier les champignons devant chez eux.

La semaine se passe sans que l'on s'en aperçoive. Cueillette de fruits, confection de confiotte de mûres et pêches, d'empanadas, d'escabeche de champigons, pétrissage de pain, coupage et rangeage de bois pour l'hiver qui approche, parties de cartes (on apprend à jouer au Truco, le jeu national), on est comblés!
Mais Sergio nous a parlé d'un sentier qui mène à pied à la frontière chilienne, alors c'est décidé, c'est par là qu'on repartira tous les quatre!

Le vendredi suivant, le 16 avril, après une soirée mémorable arrosée de Tequila autour d'un grand feu de sapin devant la maison, on remet nos sacs sur le dos, et c'est reparti!
Une demi-heure de marche pour atteindre l'école nº109, une demi-heure de bus pour rejoindre le Lago Puelo, quelques minutes de barque pour traverser le Rio Azul, nous voici en marche vers le poste de frontière argentin. Ou vers la zone pluvieuse de Valdivia, comme nous l'indique un panneau, mais pour l'instant, on est sous le soleil! Deux heures plus tard, nous voici au poste de gendarmerie. Seuls, évidemment, comme je l'ai déjà dit, la saison touristique est terminée, et les touristes rencontrés se font rares.
Malheureusement, Aurél s'est fait mal à la cheville, celle qu'il s'était foulée l'été dernier en dansant, et le lendemain matin, au moment de décoller, il nous annonce que lui et Mag rebroussent chemin. On est tous un peu penauds, on était contents de traverser cette frontière ensemble! Comme on a un peu de rab' de nourriture, on décide de rester là une journée de plus et de voir comment ça évolue. Pas mieux, et le lendemain matin, on part chacun dans une direction opposée. A bientôt!

Après 4h de marche, on arrive avec Julien au poste des carabiniers chiliens. Il commence à pleuvoir, le panneau ne disait pas faux! Sergio nous a parlé d'un ami, El Chardo, qui travaillerait dans un complexe touristique de luxe fermé pour une raison obscure. Quand les langues se déliaient en fin de soirée, Sergio nous parlait tantôt d'un proprio qui s'appellerait Brad Pitt, tantôt d'un Mexicain installé pour blanchir de l'argent sale... On verra! On parle d'El Chardo aux carabiniers, qui le connaissent et nous promettent qu'il passera nous voir dans la soirée au bivouac. On s'installe sous la pluie, je suis un peu saoûlée: pourquoi on fait des trucs comme ça, quand même, on serait pas mals dans notre canap' à regarder Friends avec les copains et les frangines, nan?
Mais la vie continue à nous sourire, et pendant que je prépare à manger dans la tente et que Julien fait du feu sous la pluie (ben oui , ça réchauffe quand même!), un gars de notre âge se pointe en bateau, tous feux éteints (on est au bord du Lago las Rocas, un lac volcanique), c'est El Chardo! Lisant le courrier de recommandation que nous a transmis Sergio, il nous dit "Ok les gars, ça semble un peu compliqué de déménager maintenant, mais demain vous venez!". Ok! Et ça me redonne le sourire! Il en faut peu pour être heureux!

Le lendemain matin, on arrive à sa cabane, encerclée par deux grands jardins, des arbres fruitiers partout, des poules, des chats, des chiens, du soleil. On pense s'arrêter là. Que nenni! Il nous demande de le suivre, et 5 minutes plus loin, il nous présente Le Lodge Principal! Bienvenue!!! Ouah! Un chalet tout en bois qui surplombe un lac turquoise entouré de montagnes, un lit XXL devant une large baie vitrée donnant sur le lac!! 
-Ok, on dit, il va falloir qu'on aille faire quelques courses pour rester un peu plus longtemps! 
-Pas de soucis, prenez le canoë, vous remontez la rivière à droite, vous vous arrêtez avant les rapides, vous marchez 20 minutes et vous arrivez à Segundo Corral, là il y a un supermercado!!

Eh ben, c'est ce qu'on fait, dans un paysage paradisiaque, après qu'il nous aie rempli un sac de chorizo, carrottes, patates, noix, tomates, fraises, et même coriandre!!!
La vue le soir depuis le ponton où on pêche à la cuillère... Sans succès!

Le lendemain, le soleil est encore de la partie, on passe toute la journée ensemble à ramasser les noix et cuisiner. Le surlendemain, mercredi, on cueille des murtas, une baie rouge spécifique à la zone au goût de fraise, pour en faire une confiture. Demain on s'en va!
Mais le lendemain arrive la pluie, que dis-je, le déluge! Pas question de partir, en plus la cabane prend l'eau. En fait, le complexe touristique, qui comprend 7 chalets, a été construit il y a 8 ans car une route devait être construite jusque là. Elle ne l'a jamais été et les cabanes ont été laissées en l'état sous la maintenance d'El Chardo. Le proprio, par contre, serait en fait un Argentin qui se fait passer pour un Mexicain. Le Mystère reste entier, surtout qu'El Chardo n'a jamais entendu parler de Brad Pitt! On passe du coup la journée à alimenter les trois poêles à bois pour combattre l'humidité.
Homme faire feu!

Le surlendemain, c'est décidé, on part, coûte que coûte. Au réveil, effectivement, il y a des accalmies. Après quelques matés partagés avec El Chardo, il nous dessine un plan et on repart!
Heureusement qu'on a la boussole, car par ici, pas de Club Vosgien ni de balises, on se perd un peu, et évidemment, il pleut! Mais la rando est magnifique, on est au coeur de la fôret native Valdivienne, verte et exubérante. 4 heures après, on arrive à une route de ripio (terre et cailloux), construite il y a six mois à peine. Au premier croisement, un van gris approche! Inespéré une voiture ici, surtout que la nuit est en train de tomber et qu'on ne voit pas trop d'endroit où camper. Par habitude, je lève le pouce, le van s'arrête et lorsque je demande au conducteur s'il va jusqu'à Llanada Grande, le village plus proche, il me répond "probablement", mais nous fait de la place pour que l'on grimpe!

Dans la voiture, ils sont quatre, quatre papas de l'âge de nos papas à nous, amis de longue date qui, comme chaque année, se font une semaine de vacances à la pêche entre mecs! Trop sympas! Lorsqu'on arrive à Llanada, le village est minuscule, il fait nuit et très noir car la pluie de la veille a bouché la turbine qui alimente le village en électricité et il s'est remis à pleuvoir. Sur leurs conseils et après nous avoir assurés que si on veut continuer le chemin avec eux, ils seront demain à 14h sur la route, on se rend chez les carabiniers pour leur demander où on peut installer notre tente. Ceux-ci nous disent d'aller voir Alverto, qui tient l'épicerie un peu plus haut et qui a un petit toit dans son champ, là où il fait l'asado du dimanche. Sans chichis, celui-ci accepte et nous allume un feu! Chouette l'accueil! Surtout qu'avec ma bonne idée et malgré les avertissements de Julien, j'ai mis mon sac de couchage dans le bas de mon sac à dos et il est mouillé, tout comme mon drap de soie! Le feu de bois mouillé et de bouteilles en plastique nous arrache les yeux mais nous sèche un peu, et au moins, la tente est sèche!

Le lendemain, samedi, on plie bagages et on se rend à la fête de la Rosa de mosqueta, l'églantine, qui a lieu au bas du village. A 14h, tout le monde commence à grimper dans des voitures pour retourner dans leurs fermes respectives. Et les quatre papas qui ne sont pas là! Pendant que Julien se lie d'amitié avec Marcelo, un jeune qui est là, et que l'on parvient à trouver un pik-up ok pour nous emmener à l'arrière, je voie le van gris qui arrive! Attendez! Ils s'arrêtent et surprise, ils connaissent Marcelo! Génial! Du coup, on monte tous les six, et on accepte l'invitation de Marcelo de dormir chez lui, avant de repartir le lendemain avec les papas pour Puerto Montt, où on a rendez-vous avec nos acolytes strasbourgeois. 

Pour arriver chez Marcelo, il faut traverser la rivière en bateau, son père nous attend sur la rive. Quelle vie différente de la nôtre! On passe une soirée chez lui à déguster de la chicha de manzana, le cidre local, à se raconter nos vies en regardant un film, avant qu'il nous installe dans une cabane en bois qu'il a construite lui-même. Il n'a pourtant que 24 ans. Et le lendemain, quittant à regret nos quatre papas qui nous émeuvent en nous félicitant du "sacrifice que nous faisons de traverser les montagnes comme ça, à pied, si loin de chez nous", nous arrivons à Puerto Montt.
Après une nuit chez Marcelo, on traverse la rivière pour rejoindre les "4 papas" qui nous mèneront à Puerto Montt.

Que de belles rencontres et de cadeaux de la vie! Je comprends et savoure le plaisir de me dire que je me sens à ma place, chaque jour, depuis que je suis ici, tout en pensant avec plaisir aussi, à nos retrouvailles dans quelques mois avec la France!

Gros bisous à tous, et merci de laisser des commentaires, ça fait plaisir d'avoir un peu de retour!

PS: Après la lecture de ce beau texte de ma dulcinée, profitez-en pour jeter un oeil aux nouvelles et nombreuses photos rajoutées dans les nouveaux, et aussi anciens, albums en lien, ci-contre.

mercredi 6 avril 2011

La Carretera Austral en élastique...

¡¡Hola todos!!

Quel plaisir de vous retrouver via ce petit écran!

Nous voici de retour une fois de plus en ville, après avoir passé une quinzaine de jours assez incroyable!
Comme on vous l'avait dit, on avait prévu de quitter le village argentin d'El Chalten pour traverser la frontière chilienne à pied! C'est bien ce que nous avons fait.

Quittant notre casilla rodante (caravane) mercredi matin aux aurores, comme cela nous arrive de temps en temps lorsque Julien parvient à sortir de son sac de couchage, nous avons levé notre pouce sur le chemin de pierre menant au Lago Desierto. De suite, un 4x4 s'arrête. Une mamie, Suzanna, et ses deux filles, Nina et Suzanna, qui se font une petite semaine de vacances parents-enfants (et oui, comme toi, Papa!). L'heure passée avec elles est un vrai régal, on rigole, on boit le maté avec des gâteaux, on s'arrête, on fait des photos débiles! Une ambiance de famille de femmes qui me fait chaud au coeur!
Suzanna mère et fille et Nina, avec leur copine Anne.

Elles nous laissent sous un grand soleil à la pointe Sud du lac et nous voici partis pour le longer jusqu'à la pointe Nord, au poste de frontière argentin. Un sentier magnifique où nous ne croisons personne, qui commence par une grosse grosse montée, qui nous rapelle que c'est la première fois que nous randonnons avec la totalité de nos affaires sur le dos en plus de la nourriture pour plusieurs jours!

Jeudi matin, nous décidons de prendre notre temps: il y a 6h de marche pour atteindre le port de Candelario Mancilla, d'oú part le bateau qui nous amènera au Chili samedi. On a largement le temps de faire l'étape en deux jours ! Du coup, on décolle vers midi, tout heureux, et on s'engage dans un sentier qui correspond à ce qu'indique notre carte! Erreur! Au terme d'une montée à pic, le sentier n'est plus bien marqué. On continue, en s'orientant tant bien que mal, ça arrive! Sauf qu'au bout d'une heure -la traversée d'un marécage avec des araignées black and white, d'une forêt sortant du Seigneur des Anneaux, et d'une descente à pic vers la rivière- toujours pas de sentier, on est perdus!!! Et voilà qu'il se met à pleuvoir!! On rebrousse chemin, et une heure après, nous revoilà au poste argentin!
Gardant le sourire, on rencontre une nénette qui nous indique le chemin, le bon, cette fois, et qui nous apprend qu'un bateau, gratuit de plus, quitte le port le soir même! Chouette, il va falloir se speeder, mais ça nous remet un coup de boost! S'ensuivent deux heures de montée dans un sentier boueux au possible. De la bonne, celle qui colle bien au chaussures et qui ne se prive pas de s'y engouffrer lorsque par malheur, on y plonge le pied! Arrivés au col qui délimite dans l'espace la frontière entre les deux pays, il se remet à pleuvoir. Oh nooo!

Par chance, une heure plus tard, nous tombons sur une équipe d'ouvriers qui acceptent de nous embarquer dans leur pick-up pour rentrer au port! Ce sont eux qui ont construit le chemin de terre de 15km qui va de la frontière physique au poste de carabiñeros chiliens, il y a 10 ans. Personne ne l'utilise mis à part les carabiniers, mais aujourd'hui, l'Etat chilien les paient pour qu'ils l'entretiennent (il y a de quoi, on est obligés de traverser des rivières!). Il faut dire que la frontière à cet endroit-là est source de nombreux conflits, un glacier gigantesque étant à cheval sur les deux pays. Il y a 26 ans, le village d'El Chalten a été érigé en Argentine pour assurer une présence; de l'autre côté, ce sont les carabiniers qui assurent cette permanence. Mais le chemin et une piste d'atterrissage sont entretenus, tout de même, au cas où!

Au poste de frontière chilien, Pato nous accueille très gentillement (il est content de voir du monde, seuls 10 carabiniers et une petite dizaine de personnes vivent sur ce bout de terre séparé du Chili par 3h de bateau), nous apprenant que la barque gratuite n'arrivera que le lendemain, mais nous offrant une petite maison où dormir, en compagnie de Judith et Cesar, un couple d'Españols adorables arrivés en vélo la veille.
Judith et Cesar devant la maison que nous avons partagée.

Et là commence une attente sans fin. Le lendemain nous préparons nos sacs pour partir mais le bateau ne vient pas. Peut-être plus tard, peut-être demain nous dit-on. On a froid. Au soir, on nous apprend qu'il viendra peut-être le lendemain, mais qu'il ne repartira peut-être que le jour suivant... On ne sait pas, mais on prend notre mal en patience! Le temps devient juste complètement élastique, sans rythme, mais paisible.

Samedi matin, un bateau pointe à l'horizon: tels des Robinson Crusoé, nous accourons au port pour le voir arriver!
Il s'agit du bateau payant, très cher pour ici (40 000 Pesos chiliens chacun, soient 60 Euros), le Quetru, qui après avoir fait un tour au glacier, reviendra ici pour repartir en direction de la terre. Une heure après, un autre bateau suit, la barquaza del estado, celui qui est gratuit. Espoir de partir! Mais non, finalement, il refuse de nous embarquer! Nous passerons du coup cette journée de plus, dans le froid, à attendre le retour du Quetru! Que d'incertitudes en ces lieux! Je crois que c'était une épreuve pour nous enseigner la patience!

Le soir même, nous arrivons à Villa O'Higgings. Un tout petit village, au bout d'une route de cailloux unique qui remonte vers le Nord et que nous voulons emprunter sur une portion: la Carretera Austral. Dans la rue, je rencontre Miguel, un Español voyageant en vélo rencontré quelques semaines auparavant. Il nous invite à manger chez Mauro, dit "El Parajero", l'Homme aux Oiseaux, un Chilien qui est venu s'installer dans ce bout du monde pour créer un camping écolo, avec un volet éducation à l'environnement pour les gens qui y viennent et pour les habitants du village. On passe une soirée mythique à se goinfrer de pizzas maison, poulet de la campagne et patates au four en partageant nos expériences, en compagnie aussi de Tim et Joe, un Anglais et un Americain! Après les jours de "disette" passés à Candelario, on profite!

Lundi matin, direction, en bus, Cochrane. Aucune voiture ne passant, le pouce est juste irréaliste. La Carretera Austral, sur la portion Sud, passe à travers des fjords, le paysage change donc radicalement: nature luxuriante (ça y est, il est placé!!), lacs, rivières, cascades et marais s'enchaînent. Après 4h de bus et la traversée d'un lac en bac, panne de bus! Heureusement, les gars d'ici sont bricolos et le problème se règle!
Le bus... en panne.

Mardi matin, nous tentons le stop. On est maintenant à presque 300 km au Nord, il devrait y avoir plus de monde! Que nenni! Une camionette nous avance de 50 km, et puis plus rien. Pendant 5 heures. Tant pis, on cherche un endroit pour dormir, ici à Puerto Bertrand. On trouve une chambre chez Mireya et Nano, super! Ils nous racontent leur vie ici, très isolée. Pas de téléphone, pas de portables, pas d'internet, il pleut presque tous les jours et le vent et la neige ne sont pas en reste en hiver, soit durant presque 4 mois. Mais le sourire est là! On boit le maté avec le beau-frère, Sanchez, qui nous offre un fou rire mémorable. Il s'entête à parler à Julien qui ne comprend rien tant son accent est incompréhensible. Au bout d'un moment Julien lui dit, et la Mireya et son mari pètent de rire! Ca n'est pas tant son accent qui est fort, c'est plutôt qu'il est rond comme une queue de pelle!!

Les 5 h d'attente de la veille nous ont un peu calmés, on prend un bus mercredi matin pour s'avancer un peu, jusqu'à Coihaique, LA ville du coin! Mais le lendemain, jeudi, on retend le pouce! Pleins de voitures nous prennent mais chacune pour le prochain village seulement, pour ne parcourir au final que 150km. Du coup des rencontres sympas, même si souvent on ne comprend pas grand'chose. L'accent chilien de la campagne n'est décidément pas évident à saisir! On imagine des Chiliens en voyage en Alsace, je crois que ça se vaut!!

Les jours suivants se passent de la même manière: des heures d'attentes sur le bord de la route, avec des sauts de puce, sur des routes de caillasses défoncées. Les Chiliens préfèreraient picoler des alcools faits maison à base de tous les fruits et légumes jusqu'à la laitue, plutôt que de réparer les routes, nous dit un chauffeur de camion, peut-être pas très clair lui-même!
Mais ce qui est dingue, c'est qu'on ne s'ennuie pas! On est tout le temps tous les deux, souvent au milieu de rien, sous le vent, le soleil, la pluie, mais ce rien est beau et nous on fait des jeux! Quand on disait que l'expérience de ce voyage serait en partie de savoir si on s'entendait bien, et ben pour l'instant, c'est assez drôle!

Samedi, nous arrivons enfin à Futaleufu, village qui fait frontière avec l'Argentine. On reste scotchés! C'est magnifique et on s'y installe! On trouve un camping qui était prêt à fermer (la saison touristique est terminée), et on passe deux jours avec Miguel et Rosa, les proprios! Miguel nous emmène faire une grande balade autour du Rio Futaleufu, à l'eau turquoise et au courant impétueux qui fait la joie des kayakistes; il m'apprend à faire du pain, Julien va au match de foot du dimanche! Qu'est ce qu'on est biens!! On y resterait didon!! 

Mais l'envie de monter vers le Nord et la chaleur est plus importante, et lundi matin, nous partons à Esquel, côté argentin, où nous attendent depuis 15 jours Adriana et ses 3 enfants, Juli, Jorge et Thomas. 
Son amoureux, Kique, est éduc et travaille dans une école spécialisée, on va donc y faire un tour le mardi (hier), où un accueil hyper chaleureux nous est réservé! Un ptit tour devant la prison, histoire de ne pas oublier dans quel domaine je travaille, et ce matin, direction l'école d'Adriana. Par ici vivent de nombreuses communautés Mapuche, les indiens qui étaient ici bien avant les différentes vagues de colonisation espagnole, galloise, argentine et autres depuis plus de 150 ans. La volonté de les exterminer a été très forte de la part de certains colons, et la communauté Tehuelche, par exemple, a complètement disparu. Les Mapuche, eux, se sont battus, et continuent à lutter pour reprendre les terres qui étaient les leurs. Mais la répression a été si forte que la culture se perd, les grands-parents des enfants actuels ayant plutôt tenté de dissimuler leur origine et ne l'ayant pas transmise. L'école où travaille Adriana est à une quinzaine de kilomètres de la ville et les enfants sont tous Mapuche, sauf sa fille, Julietta. Une partie de l'enseignement est réservée à la transmission de la langue et des traditions par des mamies Mapuche. On y passe toute la matinée, à apprendre avec eux et à leur raconter comment cela se passe chez nous et l'échange est génial: Julien se fait des petits potes en marquant un but pendant la récré et on leur fait un petit concert, devinez en chantant quoi? JOE DASSIN, évidemment et les Champs-Elysées!!!

Des moments supers!

Mais Mag et Aurél nous attendent dans un refuge à Lago Puelo, à 150km d'ici, du coup nous repartirons demain les rejoindre, avant de remonter encore un peu...

You ben didon, je ne me suis pas arrêtée!! Je vais faire de la concurrence à Julien sur la longueur! Que ceux qui arrivent jusque là ne m'en tiennent pas rigeur, on vous écrit pas souvent, alors on se met à blablater quand on s'y met!!

Allez, les amis, à très bientôt!

PS: n'hésitez pas à aller voir quelques nouvelles photos sur les liens à votre droite!