Coucou vous!
A chaque retour en ville on se réjouit de pouvoir lire de vos nouvelles, alors déjà, merci!!
Depuis notre départ d'Esquel, les choses se sont enchaînées avec une fluidité qui contrebalance avec force les moments de blues où la France nous manque.
Après un bon pique-nique improvisé avec Adriana et ses enfants, elle nous emmène à la station service (7 avril), les sacs à dos débordants! Ne sachant pas trop à quoi ressemble le refuge vers lequel on se dirige, et surtout son isolement, on est au taquet et on emmène assez de nourriture pour une semaine. Sergio, un couchsurfer qui nous attend tous les quatre (avec Aurél et Mag), nous a indiqué l'endroit où il nous rejoindra quand on arrive au village de Lago Puelo: heureusement que le gars qui nous y dépose nous prête son téléphone pour l'appeler car à part une école, il n'y a pas grand chose à cet endroit! Mais le coin vaut le détour! Nous sommes dans la Comarca Lago Puelo, où règne un micro-climat propice au maréchage et aux petits fruits. Je sens que je vais me régaler! Après un quart d'heure de marche sur un chemin bordé de mûriers sauvages gigantesques, Sergio arrive à notre rencontre. Look italien, la quarantaine, lunettes de soleil, il dénote un peu dans le paysage, mais on s'adopte, et après la traversée d'une passerelle et un sentier qui longe une rivière azur, on arrive dans son refuge! Un refuge en bois où cet ancien banquier qui a tout plaqué il y a 8 ans retrouve la valeur de la nature, avec son amie, Viki. On s'installe et on se sent déjà à l'aise.
Le lendemain, on se lève avec un soleil magnifique donnant sur leur terrain: une fôret pleine de champi, de mûres, d'églantiniers, une rivière et des oiseaux! Le pied! On passe cette première journée à ramasser des champignons, tout en se réjouissant de l'arrivée proche de Mag et Aurél, mais quand? La nuit tombée, à peine attablés devant une assiette fumante de spaghettis, quelqu'un toque. Ca n'arrive jamais, nous sommes à une demi-heure de toute civilisation! Je devine et ne me trompe pas, ce sont eux!!
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| Viki et Sergio en train de trier les champignons devant chez eux. |
La semaine se passe sans que l'on s'en aperçoive. Cueillette de fruits, confection de confiotte de mûres et pêches, d'empanadas, d'escabeche de champigons, pétrissage de pain, coupage et rangeage de bois pour l'hiver qui approche, parties de cartes (on apprend à jouer au Truco, le jeu national), on est comblés!
Mais Sergio nous a parlé d'un sentier qui mène à pied à la frontière chilienne, alors c'est décidé, c'est par là qu'on repartira tous les quatre!
Le vendredi suivant, le 16 avril, après une soirée mémorable arrosée de Tequila autour d'un grand feu de sapin devant la maison, on remet nos sacs sur le dos, et c'est reparti!
Une demi-heure de marche pour atteindre l'école nº109, une demi-heure de bus pour rejoindre le Lago Puelo, quelques minutes de barque pour traverser le Rio Azul, nous voici en marche vers le poste de frontière argentin. Ou vers la zone pluvieuse de Valdivia, comme nous l'indique un panneau, mais pour l'instant, on est sous le soleil! Deux heures plus tard, nous voici au poste de gendarmerie. Seuls, évidemment, comme je l'ai déjà dit, la saison touristique est terminée, et les touristes rencontrés se font rares.
Malheureusement, Aurél s'est fait mal à la cheville, celle qu'il s'était foulée l'été dernier en dansant, et le lendemain matin, au moment de décoller, il nous annonce que lui et Mag rebroussent chemin. On est tous un peu penauds, on était contents de traverser cette frontière ensemble! Comme on a un peu de rab' de nourriture, on décide de rester là une journée de plus et de voir comment ça évolue. Pas mieux, et le lendemain matin, on part chacun dans une direction opposée. A bientôt!
Après 4h de marche, on arrive avec Julien au poste des carabiniers chiliens. Il commence à pleuvoir, le panneau ne disait pas faux! Sergio nous a parlé d'un ami, El Chardo, qui travaillerait dans un complexe touristique de luxe fermé pour une raison obscure. Quand les langues se déliaient en fin de soirée, Sergio nous parlait tantôt d'un proprio qui s'appellerait Brad Pitt, tantôt d'un Mexicain installé pour blanchir de l'argent sale... On verra! On parle d'El Chardo aux carabiniers, qui le connaissent et nous promettent qu'il passera nous voir dans la soirée au bivouac. On s'installe sous la pluie, je suis un peu saoûlée: pourquoi on fait des trucs comme ça, quand même, on serait pas mals dans notre canap' à regarder Friends avec les copains et les frangines, nan?
Mais la vie continue à nous sourire, et pendant que je prépare à manger dans la tente et que Julien fait du feu sous la pluie (ben oui , ça réchauffe quand même!), un gars de notre âge se pointe en bateau, tous feux éteints (on est au bord du Lago las Rocas, un lac volcanique), c'est El Chardo! Lisant le courrier de recommandation que nous a transmis Sergio, il nous dit "Ok les gars, ça semble un peu compliqué de déménager maintenant, mais demain vous venez!". Ok! Et ça me redonne le sourire! Il en faut peu pour être heureux!
Le lendemain matin, on arrive à sa cabane, encerclée par deux grands jardins, des arbres fruitiers partout, des poules, des chats, des chiens, du soleil. On pense s'arrêter là. Que nenni! Il nous demande de le suivre, et 5 minutes plus loin, il nous présente Le Lodge Principal! Bienvenue!!! Ouah! Un chalet tout en bois qui surplombe un lac turquoise entouré de montagnes, un lit XXL devant une large baie vitrée donnant sur le lac!!
-Ok, on dit, il va falloir qu'on aille faire quelques courses pour rester un peu plus longtemps!
-Pas de soucis, prenez le canoë, vous remontez la rivière à droite, vous vous arrêtez avant les rapides, vous marchez 20 minutes et vous arrivez à Segundo Corral, là il y a un supermercado!!
Eh ben, c'est ce qu'on fait, dans un paysage paradisiaque, après qu'il nous aie rempli un sac de chorizo, carrottes, patates, noix, tomates, fraises, et même coriandre!!!
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| La vue le soir depuis le ponton où on pêche à la cuillère... Sans succès! |
Le lendemain, le soleil est encore de la partie, on passe toute la journée ensemble à ramasser les noix et cuisiner. Le surlendemain, mercredi, on cueille des murtas, une baie rouge spécifique à la zone au goût de fraise, pour en faire une confiture. Demain on s'en va!
Mais le lendemain arrive la pluie, que dis-je, le déluge! Pas question de partir, en plus la cabane prend l'eau. En fait, le complexe touristique, qui comprend 7 chalets, a été construit il y a 8 ans car une route devait être construite jusque là. Elle ne l'a jamais été et les cabanes ont été laissées en l'état sous la maintenance d'El Chardo. Le proprio, par contre, serait en fait un Argentin qui se fait passer pour un Mexicain. Le Mystère reste entier, surtout qu'El Chardo n'a jamais entendu parler de Brad Pitt! On passe du coup la journée à alimenter les trois poêles à bois pour combattre l'humidité.
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| Homme faire feu! |
Le surlendemain, c'est décidé, on part, coûte que coûte. Au réveil, effectivement, il y a des accalmies. Après quelques matés partagés avec El Chardo, il nous dessine un plan et on repart!
Heureusement qu'on a la boussole, car par ici, pas de Club Vosgien ni de balises, on se perd un peu, et évidemment, il pleut! Mais la rando est magnifique, on est au coeur de la fôret native Valdivienne, verte et exubérante. 4 heures après, on arrive à une route de ripio (terre et cailloux), construite il y a six mois à peine. Au premier croisement, un van gris approche! Inespéré une voiture ici, surtout que la nuit est en train de tomber et qu'on ne voit pas trop d'endroit où camper. Par habitude, je lève le pouce, le van s'arrête et lorsque je demande au conducteur s'il va jusqu'à Llanada Grande, le village plus proche, il me répond "probablement", mais nous fait de la place pour que l'on grimpe!
Dans la voiture, ils sont quatre, quatre papas de l'âge de nos papas à nous, amis de longue date qui, comme chaque année, se font une semaine de vacances à la pêche entre mecs! Trop sympas! Lorsqu'on arrive à Llanada, le village est minuscule, il fait nuit et très noir car la pluie de la veille a bouché la turbine qui alimente le village en électricité et il s'est remis à pleuvoir. Sur leurs conseils et après nous avoir assurés que si on veut continuer le chemin avec eux, ils seront demain à 14h sur la route, on se rend chez les carabiniers pour leur demander où on peut installer notre tente. Ceux-ci nous disent d'aller voir Alverto, qui tient l'épicerie un peu plus haut et qui a un petit toit dans son champ, là où il fait l'asado du dimanche. Sans chichis, celui-ci accepte et nous allume un feu! Chouette l'accueil! Surtout qu'avec ma bonne idée et malgré les avertissements de Julien, j'ai mis mon sac de couchage dans le bas de mon sac à dos et il est mouillé, tout comme mon drap de soie! Le feu de bois mouillé et de bouteilles en plastique nous arrache les yeux mais nous sèche un peu, et au moins, la tente est sèche!
Le lendemain, samedi, on plie bagages et on se rend à la fête de la Rosa de mosqueta, l'églantine, qui a lieu au bas du village. A 14h, tout le monde commence à grimper dans des voitures pour retourner dans leurs fermes respectives. Et les quatre papas qui ne sont pas là! Pendant que Julien se lie d'amitié avec Marcelo, un jeune qui est là, et que l'on parvient à trouver un pik-up ok pour nous emmener à l'arrière, je voie le van gris qui arrive! Attendez! Ils s'arrêtent et surprise, ils connaissent Marcelo! Génial! Du coup, on monte tous les six, et on accepte l'invitation de Marcelo de dormir chez lui, avant de repartir le lendemain avec les papas pour Puerto Montt, où on a rendez-vous avec nos acolytes strasbourgeois.
Pour arriver chez Marcelo, il faut traverser la rivière en bateau, son père nous attend sur la rive. Quelle vie différente de la nôtre! On passe une soirée chez lui à déguster de la chicha de manzana, le cidre local, à se raconter nos vies en regardant un film, avant qu'il nous installe dans une cabane en bois qu'il a construite lui-même. Il n'a pourtant que 24 ans. Et le lendemain, quittant à regret nos quatre papas qui nous émeuvent en nous félicitant du "sacrifice que nous faisons de traverser les montagnes comme ça, à pied, si loin de chez nous", nous arrivons à Puerto Montt.
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| Après une nuit chez Marcelo, on traverse la rivière pour rejoindre les "4 papas" qui nous mèneront à Puerto Montt. |
Que de belles rencontres et de cadeaux de la vie! Je comprends et savoure le plaisir de me dire que je me sens à ma place, chaque jour, depuis que je suis ici, tout en pensant avec plaisir aussi, à nos retrouvailles dans quelques mois avec la France!
Gros bisous à tous, et merci de laisser des commentaires, ça fait plaisir d'avoir un peu de retour!
PS: Après la lecture de ce beau texte de ma dulcinée, profitez-en pour jeter un oeil aux nouvelles et nombreuses photos rajoutées dans les nouveaux, et aussi anciens, albums en lien, ci-contre.