dimanche 22 mai 2011

Que n'as-tu pas fait avant tes 30 ans?

Salut la compagnie!

Vous attendiez la bave aux lèvres la suite de votre feuilleton sudaméricain... La voici!
(Visez aussi le lien ci-contre pour de nouvelles photos)

Nous vous avions laissés à Puerto Montt; nous continuons notre périple en direction du nord. Prochaine étape, à quelques dizaines de kilomètres, Frutillar. Nous arrivons le 28 avril dans cette petite ville bordée d'un lac avec une vue imprenable sur la cime enneigée du volcan Osorno. Sur le lac est posé un grand et beau théâtre tout neuf dans lequel nous assistons à un concert de guitare classique donné par un Québécois, Rémy Boucher.
A Frutillar se ressent l'influence de la colonisation allemande (XIXe siècle), dans les maisons, les jardins sans une herbe qui dépasse et les gâteaux, que l'on nomme d'ailleurs "kuchen". Il y a même un papi, un tout vieux, qui en constatant que nous sommes plus blonds que basanés nous demande si nous ne sommes pas Allemands. Venu d'Outre-Rhin, cela doit faire des décennies qu'il vit là mais son accent espagnol est encore pire que le mien, et il nous chante même la Marseillaise. Il n'a pas le temps d'entamer le deuxième couplet, notre bus arrive.

Et nous voici le samedi 30 avril à Osorno, 60 km plus loin, oú Rodrigo, un couchsurfer contacté en urgence, accepte de nous héberger. Nous débarquons dans son appart', au quatrième étage d'une des rares barres d'immeubles de cette ville de 200 000 habitants. Vite, on se rend compte que lui, c'est un bon. Nous apprenons à nous connaître au cours de longues soirées. Rodrigo, alias El Chino, nous raconte le tremblement de terre de février 2010 ("le sol faisait des vagues comme la mer") ou ses expériences energétiques. Nous partageons nos goûts culinaires (Anne surtout) ou footballistiques (moi surtout). Il nous fait part également de ses terrifiants souvenirs d'enfance, quand au temps de la dictature cet enfant de communistes voyait débarquer les hommes de Pinochet qui n'avaient aucun scrupule à pointer leur mitraillette sur un gosse.
Côté festif(qui n'est pas en reste ici!), Rodrigo nous présente ses potes et potesses, nous suons de la fièvre du samedi soir locale dans le sous-sol d'un bistrot et participons à un cours de salsa (si si, même moi) avant de se jeter une bière dans un bar Colombien. De bonnes expériences qui nous font réaliser avec Anne et El Chino que le meilleur endroit pour fêter mes 30 ans, le vendredi 6 mai, c'est chez ce dernier (en passant, grand merci à tous pour vos messages!).

Une cravate! Merci Aurélien, merci Magali!

Mais avec Anne nous voulons aussi profiter de la nature verdoyante proche d'Osorno et donc avant la fête, nous partons pour deux jours de marche dans le parc Puyehue, à 1h30 de bus. Petit problème: une grosse pluie et des sentiers fermés par sécurité. Il faut dire qu'ici l'automne est bien avancé et ce n'est plus la saison touristique, d'ailleurs depuis un bon mois, les seuls Européens en sac à dos que nous croisons sont Aurèl et Mag. Nous restons quand même dans le parc pour la journée, nous contentant d'une balade humide d'une bonne heure. Et quitte à être mouillés, nous profitons de la piscine découverte du coin, chauffée par une eau qui dans cette région volcanique sort du tuyau à 75º C. Puis nous rentrons à Osorno dans la peite voiture d'une famille dont la fille de 15 ans a fait de Anne sa copine tandis que nous faisions trempette.

Revenus chez Rodrigo, nous préparons la fête du vendredi. Coupe de cheveux et taillage de la barbe sont de mise! 30 ans, non? Ce soir-là, Aurèl et Mag sont attendus pour partager le repas avec nous trois. Les retrouvailles sont joyeuses, puis les potes de Rodrigo se pointent et la soirée passe aussi vite que les verres d'alcool dans le gosier. Je ne vous raconte pas la soirée en détails, d'autant plus que de nombreux souvenirs restent flous... Mais la fête est digne d'un 30e anniversaire, auprès de ma petite femme, avec la chaleur amicale et le repas de Rodrigo et les excellentes surprises tout au long de la soirée et de la nuit apportées par le couple infernal, j'ai cité Magali et Aurélien. Sur le thème "Que n'as-tu pas fait avant tes 30 ans?", ils me proposent différentes épreuves à accomplir si je veux une récompense. J'ai donc durant la nuit la chance, par exemple, de me brosser les dents avec du pâté ou de me retrouver maquillé sur la piste de danse du bar oú se poursuit la fête. Au petit matin, c'est dans une espèce d'entrepôt dédié à la fête que nous atterrissons, et les quatre Français que nous sommes semblent être le centre d'attention des dizaines de personnes présentes. Nous restons peu, rentrons, je m'écroule sur le matelas et m'endors.

Le temps de nous remettre de ces émotions, de faire nos adieux à Mag et Aurèl et nous reprenons la route lundi 9 mai. Le bus nous conduit à Cañete, petite ville oú vivent Carola et Gonzalo, parents d'Isadora, une amie d'Hellène, copine de Anne. Ces deux intellectuels bien sympas nous en apprennent beaucoup sur le peuple mapuche (de "mapu"= terre et "che"= gens) , les indigènes du sud Chili. En face de leur maison subsistent les restes d'un fort fondé en 1553 par les Espagnols et détruit par la résistance mapuche, parmi lesquels figurent des héros comme Lautaro ou Caupolican. Le Chili est un vaste mélange de toutes les origines qui le forment, chacun semble avoir du sang mapuche et du sang européen et les noms des rues rendent autant hommage à la cause mapuche qu'aux hommes de la colonisation et de l'indépendance.
Cependant il existe des communautés mapuche oú se cultive une certaine manière de voir le monde et oú subsistent rituels et artisanat traditionnels. Pour en apprendre un peu plus, dans la semaine nous allons rencontrer la famille mapuche d'une amie de Carola, Eliana Leviqueo. Au cours d'un sympatique après-midi, elle et son mari, ses frères et soeurs, enfants et petits-enfants nous parlent de leur culture, nous offrent le repas et nous expliquent un peu ce que représente le fait d´être mapuche. Anne, toujours à faire sa coquette, ne peut s'empêcher d'acheter des boucles d'oreille en argent fabriquées par Eliana.

Quelques-uns des membres de la famille Leviqueo.

A la fin de la semaine, nous faisons une parenthèse de trois jours en quittant Cañete pour Tirua. Le but est de rejoindre l'île Mocha (que nous nous amusons à surnommer "île Moche"), petit bout de terre planté dans le Pacifique à 35 km de la côte, dont Carola et Gonzalo nous ont vanté la beauté. En 15 minutes, des petits avions (4 places) peuvent nous y emmener pour 15 000 pesos (22 euros), mais les bateaux de pêcheurs, s'ils mettent trois à cinq heures pour la traversée, sont trois fois moins chers. Problème : quand on arrive vers 13h, des pêcheurs nous affirment qu'aucun bateau n'a prévu de partir, la mer étant mauvaise. On monte donc à l'aérodrome, pour voir. On ne sait que faire, car n'ayant pu tirer d'argent, on se rend compte qu'on n'a même pas de quoi payer les 60 000 pesos d'un aller-retour en avion. La chance nous sourit quand arrive l'avion subventionné réservé en priorité aux habitants de l´île, mais dans lequel il reste deux places... à 4 000 pesos.

Nous voilà donc sur ce caillou sauvage de 5 km sur 10 dont la côte est peuplée de seulement 600 habitants, mais où se comptent quand même 100 écoliers et quatre équipes de foot. Ici la piste en sable qui fait le tour de l'île est surtout parcourue par des charettes à chevaux et le centre de l'île est occupé par une chaîne de montagne, réserve verte et luxuriante où durant deux jours de marche humide, brume, chants d'oiseaux fascinants et arbres grandioses et anguleux sont nos seuls compagnons. La présence de l'homme se remarque par les aménagements du sentier, notamment des escaliers de bois dans les passages les plus pentus, jusqu'à 60%. Sans le vouloir, Anne a d'ailleurs testé sur quelques mètres la descente expresse des marches sur les fesses. Avec le temps pourri sur l'île, difficile de savoir si au matin de notre troisième nuit l'avion du retour pour lequel nous nous étions inscrits viendrait. Pour être à l'heure, nous campons au bord de la piste, à côté d'un abri,  et au matin des habitants de l´île partagent notre attente de "l'avionetta". Elle durera toute une drôle de journée entre pluie, dégustation de fruits de mer fraîchement ramassés, conversation avec les Mocheros, les habitants de l'île. Je passe les détails parce que j'en ai marre d'écrire mais sachez qu'en fin de compte peu avant la nuit, un avion débarque et nous ramène à terre. Le soir même nous sommes de retour à Cañete.

Féerique, l'île Mocha.

Nous reprenons pour quelques jours nos quartiers chez Carola et Gonzalo, faisant connaissance du fils Emilio et de la mère de Carola, Angelica. Nouvelles et intéressantes discussions, conseils de visites pour la suite du voyage, bons repas... Il est temps de quitter la famille et jeudi 19 mai, le bus nous embarque pour Concepcíon, deuxième ville du pays. Nous y passons la journée et décidons de gagner la capitale, 700 km plus au nord, par le bus de nuit. D'autant que nous avons les clefs de l'appartement d'Emilio à Santiago et que l'idée d'un petit week-end tous les deux sous un toit nous réjouit! Isadora, la fille de Carola et Gonzalo, fait le trajet inverse mais nous avons auparavant le temps de passer la soirée avec elle. Jusqu'à demain, nous profitons avec Anne de l'appartement en plein centre de Santiago de Chile. Aujourd'hui nous avons visité le musée de la Mémoire et des Droits de l´Homme, sur le coup d'état du 11 septembre 1973 contre Salvador Allende, Pinochet, la dictature. Très intéressant, nous en sommes ressortis avec le sentiment de mieux comprendre certains traits du peuple chilien. Même si pour moi il reste triste de voir comment la société de consommation semble avaler ce pays qui avant les 17 ans de dictature avait élu un homme qui portait de nombreux espoirs pour les travailleurs, les femmes et les moins fortunés. Aujourd'hui, nombre de ces derniers s'acharnent à s'endetter pour posséder une télé LCD ou des vêtements de marque.

Il y a beaucoup d'autres choses à voir à Santiago, avant de continuer le périple. On vous racontera, comme d'hab'.

3 commentaires:

  1. Coucou les loulous, passionnant récit que vous nous comptez là. Ça permet de s'évader un peu du quotidien ;). Avec un peu de courage et une pointe d'organisation je me ferais bien la même chose.

    Faites attention à vous
    bisous

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  2. Beau trip, belles photos... c'est un plaisir de vous suivre à distance

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  3. De retour d'Auvergne, nous avons lu la suite de vos aventures toujours avec beaucoup de plaisir. Je suis rassurée, mon juju tu as bien fêté tes 30 ans !
    bonne soirée ! riche en surprises... chouette, vous allez nous apprendre à danser la salsa !
    L'Ile Mocha n'a pas l'air moche mais plutôt féérique !
    Trop mignonne la petite famille mapuche avec vous 2.
    Vous nous manquez
    On vous embrasse très fort
    Maman Nicole

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